
COUP DE PROJECTEUR SUR COPI
Chaque année, le Festival de Blaye et de l’Estuaire invite des auteurs contemporains de notre répertoire théâtral. Pour ce 20ème anniversaire, il en est un qui ne pourra être présent parmi les vivants, mais à qui nous voulons rendre hommage, le délirant, le provocant, l’extravagant dramaturge, metteur en scène du fait divers : Copi.
Festival sous le signe de l’Argentine, Copi sera porté à la scène pas moins de quatre fois par trois compagnies différentes.
La Compagnie L’Aurore propose un Chantier d’Eva Peron, spectacle en cours de création.
La Compagnie 4 Cats, dirigée par Mario Dragunsky, d’origine argentine, jouera la dernière pièce écrite par l’auteur : Une visite inopportune.
Et enfin, le Théâtre des Chimères présente «Copirécup », quatre pièces du dramaturge dévoilées dans un ordre précis, de la plus sage à la plus délirante : Eva Peron ; Les Vieux travelos ; l’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer et Loretta Strong.
Le théâtre de Copi est du théâtre à l’état pur, dans ce qu’il propose de jeu, de théâtralité, mais également parce qu’il parle du théâtre. Où sont le vrai et le faux, la vérité et le mensonge, le réel et l’imaginaire ?
Nous sommes dans l’univers du jeu, nous sommes au festival de Blaye et de l’Estuaire, le 20ème, qui célèbre le théâtre et témoigne de sa nécessité, sa diversité et sa vitalité.

BIOGRAPHIE
<-Copi et ses frèresDe son vrai nom Raul Damonte Botana, Copi est né en 1939 à Buenos Aires.
Il est élevé en grande partie à Montevideo (Uruguay) dans une famille francophone dont le père est directeur de journal et député anti-péroniste (Juan domingo Peron président de la république Argentine de 1946 à 1955. Tirant peut-être du goût de son père pour la peinture un talent précoce pour le dessin, il collabore dès l’âge de 16 ans au journal satirique Tia Vicenta.
Les activités politiques de son père l’obligent à s’exiler en sa compagnie à Haïti puis à New-York.
En 1963, il le quitte pour s’installer à Paris dans l’espoir d’y vivre de sa passion, le théâtre. Mais sa maîtrise imparfaite du français le conduit à vivre dans un premier temps de dessins. Sous le nom de « Copi » (poulet en argentin), il entre alors à Twenty, puis à Bizarre. C’est dans cette dernière revue qu’à l’automne 1964, Serge Lafaurie, à la recherche d’une B.D le remarque : il met en scène dans le nouvel observateur la célèbre femme assise. Se distinguant par un graphisme aigu et un humour surréaliste, il atteint la notoriété avec ce personnage de dame assise au gros nez et aux cheveux raides qui, figée sur sa chaise, monologue ou dialogue avec un volatile informe.
Selon Marilu Marini (actrice argentine), il a « crée son exact opposé avec cette femme pleine d’a priori qui veut rester sur sa chaise sans bouger car tout ce qui peut ébranler ses convictions est pour elle un grand danger. »
Ce dialogue troué de silences avec un poulet, un escargot ou ce rat qui deviendra l’animal emblématique de toute son œuvre inaugure un théâtre minimal : à travers le dessin humoristique, Copi s’affirme d’emblée comme dramaturge.
S’il amorce alors sa collaboration avec l’hebdomadaire de la rue d’Aboukir, il dessine aussi pour Hara-kiri, Charlie Hebdo et à leur homologue italien, Linus.
Avec les revenus qu’il tire du dessin, il peut ainsi se livrer à sa passion en compagnie de ses amis Victor Garcia, Alejandro Jodorowsky, mais aussi Jérôme Savary qui est le premier, en 1964, à monter de courtes pièces qu’il a écrites.
Jorge Lavelli prend la suite en montant Sainte Geneviève dans sa baignoire, sketch que Copi interprète lui-même au Centre américain, puis la Journée d’une rêveuse de Lutèce (1966) qui a pu évoquer, par sa liberté d’invention et sa fantaisie verbale, le «théâtre de l’absurde » des années 50, enfin l’homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1967) où Copi joue lui-même un travesti délirant.
Car s’il dénonce le régime argentin comme dans Eva Peron (montée à Buenos-Aires en 1970), il s’illustre par son engagement aux côtés du Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire (FHAR) qui traduit un rapprochement entre l’extrême gauche mao et les homosexuels.
Avec les Quatre Jumelles (1973), Copi aborde le thème, récurrent dans toute son œuvre, de la confusion, de l’inversion et de l’échange des sexes…
Compagnon de la figure de proue du mouvement gay, Guy Hocquenghem, il suit ce dernier à Libération où, avec Jean-Luc Henning, Christian Hennion ou la transsexuelle Héléna Hazera, ils forment à partir de 1973 un petit groupe d’homosexuels au sein de la rédaction.
Auteur de nombreuses pièces dans la deuxième moitié des années 1970 et la première partie des années 1980, il est apparu pour la dernière fois sur scène à Paris en 1983 dans le Frigo.
Il meurt des suites du SIDA le 14 décembre 1987 à Paris, alors qu’il était en pleine répétition d’Une Visite inopportune, dont le personnage principal est un malade du sida qui se meurt dans un hôpital.

COPI : L’HOMME
« Descendant d’immigrants, j’ai gardé la facilité d’adaptation et le goût du déguisement et de l’aventure…avec un penchant conséquent pour la solitude. »
Un pas très près du sol, l’effleurant presque de ses chaussures ; un corps agile, des vêtements flottants ; un sourire au coin des lèvres aussi chargé d’amitié que d’ironie ; un esprit rapide et une élocution lente et rythmée ; une intelligence lucide et désarmante ; un regard surprenant d’attention ; un rire franc et sonore, scandé souvent de bouffées de fumée ; la voix grattant la gorge d’un grave inattendu et mystérieux, et tout à coup, des phrases entières presque chantées ; des ailes invisibles qui donnent à la démarche une somptueuse fluidité ; une fragilité du corps dans une superbe charpente intellectuelle, tel m’est toujours apparu cet être attachant, brillant, pudique, infiniment discret, rieur et virevoltant qui s’appelait Copi.
Notes sur Copi Jorge Lavelli, metteur en scène.
In Copi. Edition Christian Bourgeois, 1990.
« Suivant les hémisphères je vois la Lune côté pile côté face, mais elle roule toujours dans le même sens. Pour suivre la trajectoire sur la Mer, il faudrait que les terres n’existent pas. »

LA GALAXIE COPI
Dans ses pièces, Copi ose des situations souvent « limites », un sens du dialogue qui fuse et déborde dans l’excès, une liberté, un ton provocateur.Metteur en scène du fait divers, il puise délibérément dans les stéréotypes des genres considérés comme « mineurs » (feuilleton, roman policier, science-fiction de série B), pour les truquer avec une feinte naïveté, et tirer de leur juxtaposition et de leur accumulation des effets de dérision. De même, une grande part de son humour naît de la désinvolture avec laquelle il manie une langue minimale, familière, mais légèrement décalée.
« L’humour révèle un rapport au monde, révèle comment on voit la vie, dans une sorte de décollement par rapport à la réalité ».
Les pièces de Copi sont comme une arme contre l’emphase, son humour dévastateur est en réaction à la violence.
L’œuvre de Copi est un univers de grande théâtralité, un univers peuplé de travestis mythologiques, hanté par la marginalité et la transgression sous toutes ses formes : postiches, perruques, travestissements en tout genre pour être « quelque chose » d’autre que soi-même.
Copi s’est aussi une pensée déjantée, sombre, cynique et peut-être même repoussante.
Délirant, provocant, mais ô combien sublime, le dramaturge argentin nous laisse une œuvre magistrale et puissante, véritable alchimie de la violence, de la fragilité, de l’outrance, de la farce et du tragique.
Plongée dans le tourbillon d’un imaginaire formidable qui interroge l’identité, la solitude et la mort.
Il y a chez Copi une lucidité désarmante qui fait la nique à la mort à coups d’éclats de rire, une liberté irrépressible et une cruauté comique qui s’enthousiasment dans le vertige de la démesure.
La mort traverse toute son œuvre. Il joue continuellement avec elle, attitude qui s’ancre sans doute dans la culture sud-américaine. Chez lui, elle ne prend jamais la couleur grisâtre de la tristesse.
Avec une visite inopportune, sa dernière pièce, Copi met en scène sa propre disparition. Bien que mourant, il garde la distance de l’humour, l’énergie et la vitalité pour imaginer sa propre fin théâtralisée. Comme pour déjouer la mort une dernière fois.

20ème FESTIVAL : HOMMAGE A COPI
Copi a évolué dans les années 1970 à Paris, fuyant une des atroces dictatures qui se sont installées, avec plus ou moins de régularité, dans presque tous les pays d’Amérique du sud.Cet exil lui donne une grande force et il dessine cette Eva Peron, monstrueuse, brutale, sauvagement lucide. Un grand hommage en somme. Un texte tellement fort et réel que les frontières du théâtre commencent peu à peu à s’effondrer. Voilà ce qui s’est passé au Chili.
comédienne et femme politique argentine
« Comme la majorité des femmes, je suis plus forte que je n’en ai l’air. »
Jeudi 27 août 2009 à 17h salle de la Poudrière
La Compagnie l’Aurore présentera Eva Peron de Copi en cours de création
Mise en chantier par Frédéric Vern
« Merde. Où est ma robe de présidente ?». C’est par cette réplique que commence la pièce de Copi. Pendant que le colonel Peron a la migraine, Eva Peron, elle, a un cancer. Et en souffre. Pas en silence. Eva Peron se meurt, et il faut que tout le monde le sache. A moitié nue d'abord, puis dans une de ses plus belles robes de bal, elle va, vient, se fait faire les ongles, se souvient du passé. Elle trépigne, jure surtout, insulte tous ceux qui croisent sa route. D'abord son infirmière, jeune damoiselle soumise en uniforme. Puis Ibiza, majordome du palais, qui tire les ficelles du pouvoir, ou ce qu'il en reste. Enfin sa mère en quête désespérée des numéros de compte de sa "rejetonne", dont elle compte bien hériter.
DEMARCHE ARTISTIQUE
Eva Peron est une machine à jouer. Elle invite à se tenir au plus près du texte pour en saisir toutes les couleurs. Il y a dans Eva Peron une dimension ludique et naïve qui nous emmène vers une théâtralité de l’immédiat. Il s’agit de trouver l’état d’enfance qui donnera vie à toutes les dimensions de ce texte (tour à tour insolent, troublant, grossier, surprenant, naïf ou émouvant). Il s’agit aussi de trouver une foi enfantine pour mettre en avant la dimension rituelle d’une pièce qui apparaît comme une parade macabre. Pour ce faire, il me semble essentiel de mettre l’acteur et son travail au centre de la démarche artistique et donc du spectacle.
Frédéric Vern

Jeudi 27 août 2009 à 21h30 Chapelle des Minimes
Une visite inopportune de Copi
Par la Compagnie 4 Cats
Mise en scène de Mario Dragunsky.
Une visite inopportune met en scène un acteur dramatique âgé, atteint du sida, et qui vit depuis deux ans dans un hôpital parisien qu’il a transformé en boudoir et en loge. Se succèdent dans la chambre l’ami de longue date, un jeune journaliste, une cantatrice déchaînée et une infirmière très autoritaire… Tout ce petit monde s’agite frénétiquement autour d’un cadavre en devenir, d’un homosexuel qui ne veut pas descendre des planches et continue de vivre avec toute l’énergie du désespoir un rôle qu’il sent lui échapper.
Des coups de théâtre drôles et caustiques, du cynisme, de l’humour noir, de la comédie musicale, mais en grattant un peu, effleure la tendresse l’émotion et l’amour pour cet instant magique et étrange qui est notre passage par la vie.
Copi veut quitter la vie en chantant et en dansant, comme le font les mexicains qui rient aux enterrements. Non par bêtise mais par sagesse. C’est une pièce sur la transmission et la paternité aussi. Quand on laisse une œuvre, on transcende notre existence. Il y a une profondeur due à l’urgence de raconter avant la disparition. Et une légèreté élégante qui est la marque de Copi.
Mario Dragunsky
L’univers de Copi, c’est du poil à gratter sous nos cervelles morales et bien pensantes, un feu d’artifice sous nos fesses serrées, un authentique fauteur de trouille, un poseur de bulles dans notre eau plate, un souffleur d’air sur nos vies classées, un falsificateur d’identité, un as du travestissement, un brouilleur de sexe, un passionnel de la parure, de la parade, un acrobate des talons hauts, un forcené de la répartie, un fanatique du coq-à-l’âne, un artiste de l’entrée et de la sortie. Du théâtre pur, du parfum, de l’extrait !
Jean-Marie Broucaret
L’univers de Copi est peuplé de formes courtes. Son langage est minimal. Copi est un « puncher », comme se plaît à l’appeler Jean-Marie Broucaret. Ses textes sont brefs, directs, économes à l’extrême, pour pouvoir atteindre leur but sans détours. Une seule pièce n’aurait donc pas suffi pour entrer dans le monde de Copi. Pour y plonger devrait-on dire… La compagnie a donc choisi d’en présenter quatre.

Jean-Marie Broucaret dévoile les pièces dans cet ordre précis, tout simplement parce que la pièce la plus classique c’est Eva Peron, c’est celle d’ailleurs qui fait le plus d’adhésion dans l’œuvre de Copi, les gens quand il parle de Copi, ils parlent d’Eva… Elle est dissipée mais sagement dissipée !
Après cette première pièce le ton change, les choses s’accélèrent et se complexifient avec les Vieux travelos, on rentre carrément dans univers plus déjanté, plus étrange où l’imaginaire côtoie la réalité, l’univers devient moins classique…
Avec la troisième pièce, l’homosexuel, ça se radicalise. Dans un contexte de camps de concentration avec un pouvoir très autoritaire qui maintient les marginaux et les déviants à l’écart de la neige et de la glace.
Le délire dans lequel nous amène Copi atteint son paroxysme avec Loretta Strong. C’est de la folie pure, c’est un texte qui a été écrit dans un délire permanent où rien n’est impossible où tout devient possible, mais à travers ça l’individu se cherche perpétuellement, qui est-il ? Et ce besoin qu’il a des autres !
« Peut-être que dans la vie de Copi, ça a été comme ça aussi, il était à la fois en exclusion des autres de part sa sexualité, de part son travail, de part son exil d’Argentine en France…il était en exclusion des autres mais il était en appel constant, en nécessité des autres…d’où le théâtre, d’où cette parole très directe aussi. »
Jean-Marie Broucaret













